Un traitement est-il censé guérir ?
Un comprimé le matin, un autre le soir, une ordonnance renouvelée chaque trimestre depuis des années. Beaucoup de patients ont fini par considérer cela comme normal. Prendre un moment pour comprendre ce que ce traitement leur apporte, avec leur médecin, c'est reprendre la main sur leur santé.
Avril 2018, une note de Goldman Sachs sur la guérison
En avril 2018, une note d'analystes de Goldman Sachs consacrée aux thérapies géniques pose une question à ses clients investisseurs : guérir les patients est-il un modèle économique durable ? L'exemple retenu est celui des traitements de l'hépatite C du laboratoire Gilead, avec des taux de guérison supérieurs à 90 %. Leur succès a progressivement épuisé le réservoir de patients à traiter. Les ventes américaines culminent à 12,5 milliards de dollars en 2015, puis reculent nettement.
La question choque. Elle a le mérite d'exposer une mécanique comptable simple : un médicament pris une fois rapporte une fois, un médicament pris chaque jour rapporte chaque jour. Dans cette logique d'analystes financiers, la chronicité devient une ressource économique.
Les intentions des soignants restent hors de cause. C'est le système dans lequel ils exercent qui mérite d'être regardé de près, avec calme et avec des chiffres.

Des pharmacologues de Bordeaux à Barcelone alertent
Les voix les plus solides sur ce sujet viennent de la médecine elle-même, et en particulier de la pharmacovigilance, la discipline qui surveille les effets des médicaments après leur mise sur le marché.
Le Pr Bernard Bégaud, pharmacologue à l'Université de Bordeaux et spécialiste de pharmaco-épidémiologie, estime dans La France malade du médicament (2020) que les prescriptions et usages non conformes des médicaments coûtent au pays 10 milliards d'euros par an. Il y analyse plusieurs affaires marquantes, du Mediator à la surconsommation de psychotropes. À Toulouse, le Pr Jean-Louis Montastruc, du centre de pharmacovigilance du CHU, en a signé le compte rendu dans la revue scientifique Thérapie.
Le Pr Joan-Ramon Laporte, ancien professeur de pharmacologie clinique à l'Université autonome de Barcelone, propose dans Chronique d'une société intoxiquée une critique argumentée de la surconsommation de médicaments. Le psychiatre et pharmacologue David Healy décrit de son côté, dans Pharmageddon, comment des essais cliniques conduits par l'industrie ont pesé sur ce que la médecine retient comme une preuve.
Dans ce système, le médecin de terrain est souvent le premier exposé. Un généraliste travaille avec un temps compté à chaque consultation et s'appuie sur des recommandations difficiles à vérifier à la source. Il prescrit de bonne foi, avec les informations dont il dispose.
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Prendre rendez-vous →Les chiffres que l'on lit rarement
Les statines, prescrites pour faire baisser le cholestérol, illustrent bien la question. En prévention primaire, c'est-à-dire chez des personnes sans maladie cardiovasculaire déclarée, une méta-analyse Cochrane reprise en 2017 par deux chercheurs en médecine générale de l'Université de Cambridge indique qu'il faut traiter 138 personnes pendant 5 ans pour éviter un décès, et 49 pour éviter un événement cardiovasculaire.
Lu autrement : parmi 138 personnes qui prennent leur comprimé chaque jour pendant cinq ans, une seule évite en moyenne un décès grâce à lui. Ces chiffres concernent la prévention primaire ; après un infarctus, la situation médicale est différente et se discute avec votre cardiologue.
En 2025, le New England Journal of Medicine a publié une analyse des facteurs de risque cardiovasculaire d'une ampleur rare : plus de 2 millions de personnes, issues de 133 cohortes dans 39 pays. Parmi ses coauteurs figure le Pr Jean Ferrières, du service de cardiologie du CHU de Toulouse Rangueil. À 50 ans, les personnes qui ne présentent aucun des cinq facteurs de risque classiques vivent en moyenne 14,5 années de plus chez les femmes et 11,8 chez les hommes que celles qui les cumulent tous les cinq.
Le détail est encore plus parlant. L'absence de diabète et l'absence de tabac s'accompagnent chacune de plus de 5 années de vie (de 5,1 à 6,4 ans selon le facteur et le sexe). L'absence d'hypertension marquée en apporte près de 3. Pour le cholestérol, l'écart est plus discret : au seuil strict des recommandations, la différence d'années de vie sans maladie cardiovasculaire est proche de zéro chez les femmes et légèrement défavorable chez les hommes. Avec un seuil fondé sur les valeurs les plus élevées de chaque région, elle remonte à environ un an. Les auteurs rappellent que le lien entre cholestérol et risque suit une courbe en J ou en U, et qu'il s'agit d'associations observées, sans lien de cause démontré.
Après 60 ans, une revue systématique de 2016 portant sur 68 094 personnes observe même, dans la majorité des cohortes étudiées, une mortalité plus faible lorsque le cholestérol LDL est plus élevé. Ce résultat reste débattu : un cholestérol bas peut aussi refléter une santé déjà fragilisée. Il invite surtout à personnaliser chaque décision avec votre médecin.
Un traitement est-il censé guérir ?
L'Organisation mondiale de la santé définit la santé, dans sa Constitution, comme un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. Cette définition élargit le regard : elle invite à cultiver le terrain autant qu'à corriger un chiffre biologique.
La chiropratique part de cette vision élargie. Elle cherche ce qui empêche le corps de fonctionner pleinement. Son approche repose sur la subluxation vertébrale, définie par l'OMS comme une lésion ou un dysfonctionnement d'une articulation dont l'alignement, le mouvement ou la fonction sont altérés. Répertorié dans la CIM-11 sous le code ME93.Y, ce dysfonctionnement peut perturber la communication entre le cerveau et le corps.
« L'évolution du haut vers le bas, de l'intérieur vers l'extérieur, l'homme ne pourra JAMAIS la DIRIGER, ni la GOUVERNER, ni la CONTRÔLER. » B.J. Palmer, *Palmer's Law of Life* (1958)
À la Clinique de la Colonne, le bilan complet réunit une analyse posturale 3D, des tests neurologiques et une évaluation de la colonne vertébrale. Il débouche sur un protocole de suivi personnalisé en plusieurs phases, avec un objectif clair : rendre au corps sa capacité à s'autoréguler et accompagner chaque patient vers davantage d'autonomie.

Un traitement est censé guérir. Devant une ordonnance prévue pour durer toute une vie, une question simple et légitime mérite d'être posée à votre médecin : quel bénéfice concret pour vous, et pendant combien de temps ?
Quelques repères dès aujourd'hui
- Faites le point sur vos ordonnances Demandez à votre médecin ou à votre pharmacien de revoir l'ensemble de vos traitements, avec pour chacun sa raison d'être et sa durée prévue.
- Posez la question du bénéfice attendu Pour chaque traitement au long cours, demandez quel gain concret il apporte dans votre situation précise, et combien de personnes doivent le prendre pour qu'une seule en profite.
- Commencez par le tabac et la glycémie Arrêter de fumer et prévenir le diabète figurent parmi les facteurs les plus liés à l'espérance de vie dans l'étude du NEJM de 2025, menée sur plus de deux millions de personnes.
⚠️ Ne modifiez ni n'arrêtez jamais un traitement sans en parler à votre médecin : certains médicaments sont indispensables et leur arrêt brutal peut être dangereux. Une douleur dans la poitrine, un essoufflement brutal, une faiblesse soudaine d'un côté du corps ou des troubles de la parole imposent d'appeler le 15 immédiatement.
Questions fréquentes
Sources
- Global Cardiovascular Risk Consortium. (2025). Global effect of cardiovascular risk factors on lifetime estimates. New England Journal of Medicine, 393, 125-138. ↗
- Yerrakalva, D., & Griffin, S. J. (2017). Statins for primary prevention in people with a 10% 10-year cardiovascular risk: too much medicine too soon? British Journal of General Practice, 67(654), 40-41. ↗
- Ravnskov, U., Diamond, D. M., Hama, R., et al. (2016). Lack of an association or an inverse association between low-density-lipoprotein cholesterol and mortality in the elderly: a systematic review. BMJ Open, 6(6), e010401. ↗
- Bégaud, B. (2020). La France malade du médicament : 110 milliards d'euros plus tard. Éditions de l'Observatoire.
- Montastruc, J.-L. (2021). Bégaud B. La France malade du médicament : 110 milliards d'euros plus tard [compte rendu]. Thérapie. ↗
- Laporte, J.-R. Chronique d'une société intoxiquée : surconsommation de médicaments et emprise d'une industrie (L. Jaillard, trad.). Les Nouvelles Éditions Arpa.
- Healy, D. (2012). Pharmageddon. University of California Press.
- CNBC. (2018, 11 avril). Goldman Sachs asks in biotech research report: Is curing patients a sustainable business model? ↗
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