Sclérose en plaques : et si le cerveau n'arrivait plus à se nettoyer ?
Vous êtes suivi en neurologie et vous prenez votre traitement. Et pourtant, quelque chose résiste. La fatigue qui ne cède pas malgré le repos. Le brouillard cognitif certains matins sans raison apparente, alors même que vous faites tout ce qu'il faut. La médecine fait ce qu'elle sait faire, et elle le fait bien. Cet article propose un autre regard, à côté du premier, sur une question que la recherche commence seulement à poser.
Quand le cerveau attaque ses propres gaines
La sclérose en plaques est souvent résumée à une maladie auto-immune : le système immunitaire prend pour cible la myéline, la gaine isolante qui enveloppe les fibres nerveuses et permet à l'influx de voyager vite et avec précision. Quand cette gaine s'érode, les signaux se brouillent et ralentissent. Les symptômes varient d'une personne à l'autre, d'une poussée à l'autre, mais ils ont en commun de trahir un système nerveux central sous pression permanente.
Ce que la neurologie comprend mieux aujourd'hui, c'est que l'attaque immunitaire n'est pas le seul mécanisme en jeu. Derrière elle, il y a un environnement inflammatoire chronique qui s'auto-entretient, une barrière hémato-encéphalique fragilisée qui laisse passer ce qu'elle devrait filtrer, et un système nerveux autonome qui perd peu à peu sa capacité à réguler les processus censés protéger le cerveau. La SEP relève d'un terrain à causes multiples, et ce terrain se travaille sur plusieurs fronts.
La SEP relève d'un terrain à plusieurs composantes :
- Une attaque immunitaire de la myéline, la gaine des fibres nerveuses.
- Un environnement inflammatoire chronique qui s'auto-entretient.
- Une barrière hémato-encéphalique fragilisée.
- Un système nerveux autonome qui perd sa capacité de régulation.

Le cerveau qui n'arrive plus à se nettoyer
Il y a une dizaine d'années, les neurosciences ont mis en lumière un système que personne n'avait vraiment cartographié : le système glymphatique. Son nom vient de la contraction de "glie" (les cellules de soutien du système nerveux) et "lymphatique". C'est le réseau d'évacuation du cerveau : des espaces péri-vasculaires microscopiques qui longent les vaisseaux sanguins cérébraux et, pendant le sommeil profond, se remplissent de liquide céphalo-rachidien circulant activement pour emporter les déchets métaboliques accumulés pendant la journée. Protéines mal repliées, résidus inflammatoires, peptides amyloïdes : tout ce que le cerveau produit et ne peut pas recycler doit être évacué chaque nuit.
Quand ce drainage fonctionne bien, le cerveau repart chaque matin avec un environnement propre. Quand il est perturbé, les résidus s'accumulent. Des travaux publiés dans Cellular and Molecular Life Sciences documentent le rôle central de ce nettoyage nocturne dans la prévention des maladies neurodégénératives, avec un lien direct vers l'accumulation de protéines toxiques lorsque le système est défaillant.
Dans la SEP, ce drainage est sous pression. La neuroinflammation chronique altère les aquaporines-4, les protéines qui régulent le passage du liquide céphalo-rachidien à travers les membranes des cellules gliales. Quand leur organisation se perd, la circulation du liquide se désorganise, le drainage ralentit, et les molécules pro-inflammatoires s'accumulent plutôt que d'être évacuées. Une revue publiée en 2025 dans l'International Journal of Molecular Sciences décrit ce mécanisme comme un facteur aggravant commun à plusieurs pathologies neurodégénératives : la SEP, Alzheimer, Parkinson partagent toutes cette vulnérabilité du système de drainage. La SEP figure parmi les expressions les plus documentées de la neuroinflammation.
« L'Innate ne dort jamais. Il est en alerte, éveillé, à l'œuvre 24 heures sur 24, du premier instant de la vie au premier instant de la mort. » B.J. Palmer, Palmer's Law of Life (1958)
Le système nerveux autonome, chef d'orchestre silencieux
Ce que la recherche clinique met de plus en plus en évidence, c'est que la SEP touche aussi, souvent très tôt, le système nerveux autonome : ce réseau invisible qui règle la fréquence cardiaque, la tension artérielle, la digestion, la thermorégulation et une partie de la réponse immunitaire. C'est un acteur central.
Deux revues publiées dans Clinical Autonomic Research, l'une par Racosta et Kimpinski en 2015, l'autre par Habek en 2019, documentent cette réalité avec précision : la dysfonction autonomique est courante dans la SEP, elle est à la fois une conséquence des lésions démyélinisantes et un facteur qui amplifie les processus inflammatoires et neurodégénératifs. Le système sympathique sur-activé réduit l'efficacité de la voie cholinergique anti-inflammatoire. Les récepteurs adrénergiques sur les cellules immunitaires se modifient. La boucle s'emballe : l'inflammation aggrave la dysfonction autonomique, qui en retour entretient l'inflammation.
Ce point est décisif pour comprendre l'angle chiropratique. Les ganglions sympathiques longent la colonne thoracique. Le nerf vague, acteur majeur de la voie parasympathique anti-inflammatoire, émerge du tronc cérébral au niveau du rachis cervical supérieur. Une colonne dont la mobilité est réduite, dont les articulations vertébrales envoient des signaux perturbés vers le système nerveux central, participe à l'équilibre de la régulation autonomique. C'est biologiquement plausible, et c'est précisément ce que plusieurs équipes de recherche ont commencé à tester.
Vous souhaitez évaluer votre colonne et votre système nerveux ? Le bilan complet à la Clinique de la Colonne comprend une analyse posturale 3D et des tests neurologiques, pour poser un regard objectif sur l'état de votre rachis et de votre régulation nerveuse autonome.
Prendre rendez-vous →Ce que six études ont commencé à documenter

La question du lien entre ajustement vertébral et régulation immunitaire n'est plus seulement spéculative. Elle fait l'objet d'une littérature croissante, construite étude après étude depuis une vingtaine d'années. Ce qui suit est un panorama honnête de ce que la recherche a documenté, avec ses apports et ses limites.
Le mécanisme d'abord. En 2021, une revue narrative publiée dans Medicina (Haavik et al.) a passé en revue 23 études portant sur les effets des ajustements vertébraux à haute vélocité sur les marqueurs neuroimmuns. Dix-huit de ces études ont montré un effet significatif sur des médiateurs immunitaires, incluant des neuropeptides, des marqueurs inflammatoires et des marqueurs endocriniens. Le mécanisme proposé repose sur un circuit précis : l'ajustement vertébral modifie le traitement proprioceptif dans le cortex préfrontal, qui régule le système nerveux autonome, l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et le système immunitaire. C'est de la neurophysiologie.
Les chimiokines inflammatoires chez les lombalgiques. En 2018, une étude clinique publiée dans le Clinical Journal of Pain (Teodorczyk-Injeyan et al., Canadian Memorial Chiropractic College) a mesuré les chimiokines CC dans le sang de patients souffrant de lombalgie aiguë et chronique, avant et après six séances d'ajustements sur deux semaines. À l'entrée, tous les patients présentaient des taux de chimiokines significativement élevés par rapport aux contrôles sains. Après les soins : réduction significative de CCL3 dans les deux groupes, réduction de CCL4 dans le groupe aigu. Ce sont des molécules qui recrutent les cellules immunitaires vers les sites d'inflammation. Leur réduction suggère une modulation locale de l'inflammation.
L'effet est dose-dépendant. En 2022, une étude randomisée publiée dans le JMPT (Duarte et al., Toronto) a comparé trois conditions chez 19 adultes sains : contrôle sans ajustement, ajustement thoracique à 400N, ajustement thoracique à 800N. Les cytokines IFN-γ, IL-5 et IL-6 ont montré des différences entre les deux niveaux de force. L'effet sur les cytokines sanguines varie avec l'intensité de l'ajustement. Il s'agit donc d'un effet mécano-dépendant, ce qui renforce la plausibilité biologique.
Le TNF-α comme biomarqueur prédictif. En 2023, une étude pilote publiée dans Frontiers in Integrative Neuroscience (Gevers-Montoro et al., Madrid College of Chiropractic) a mesuré le TNF-α urinaire chez des lombalgiques chroniques. Les patients présentaient des taux significativement plus élevés que les contrôles. Après quatre semaines d'ajustements : le niveau de base de TNF-α et son évolution prédisaient l'amélioration de la douleur et du handicap. Les patients avec douleur persistante avaient des taux plus élevés que ceux avec douleur épisodique. Le TNF-α urinaire y est proposé comme biomarqueur potentiel de la réponse au soin chiropratique.
Un RCT sur 12 semaines avec l'équipe Haavik. En 2025, l'étude la plus complète à ce jour sur ce sujet a été publiée dans PLoS ONE (Amjad et al., NZ College of Chiropractic). Cent six participants avec douleurs vertébrales subcliniques ont été randomisés entre 12 semaines de soins chiropratiques réels ou simulés. Mesures de BDNF, cortisol sous trois formes, IL-6, TNF-α, IFN-γ, CRP, lymphocytes B, T helpers, T cytotoxiques et cellules NK. Résultat clé : à 16 semaines de suivi, le groupe ayant reçu les soins simulés a vu monter ses taux de TNF-α et d'IFN-γ, pendant que le groupe soins réels restait stable. Les auteurs décrivent un effet modulateur sur l'inflammation systémique : l'ajustement vertébral régulier semble maintenir un équilibre là où l'absence de soins laisse les marqueurs pro-inflammatoires progresser.
Et directement chez des patients SEP. En 2026, une étude pilote randomisée contrôlée publiée dans Frontiers in Rehabilitation Sciences (Alanazi et al.) a franchi un pas supplémentaire : 21 patients atteints de SEP rémittente-récurrente, randomisés entre ajustement thoracique réel et simulé, avec huit séances sur quatre semaines et mesure de 21 biomarqueurs inflammatoires à cinq temps de prélèvement. Six cytokines pro-inflammatoires (IL-8, IL-17A, GM-CSF, IFN, Fractalkine entre autres) ont montré des effets de taille modérée à large, à plusieurs temps post-intervention, en faveur du groupe ayant reçu les ajustements réels. Le tau total, marqueur de neurodégénérescence, a montré une tendance à la baisse dans ce même groupe. Les auteurs appellent des essais de plus grande envergure : c'est l'honnêteté scientifique normale face à une étude pilote. Mais l'existence de cette étude, publiée dans une revue de réhabilitation indexée, marque un tournant : la question est posée dans la population concernée, avec des outils de mesure sérieux.
Un rapport de cas publié la même année dans le Journal of Upper Cervical Chiropractic Research (Finn et al.) documente l'évolution d'un homme de 30 ans atteint de SEP rémittente-récurrente, suivi en soins chiropratiques cervicaux supérieurs (technique Atlas Orthogonal) en parallèle de son traitement immunomodulateur. L'IRM de suivi a montré une réduction du signal T2 en C4-C5. Un cas unique, sans conclusion causale possible, mais avec un suivi objectif par imagerie.
Ce que la recherche a documenté, étude après étude :
| Étude | Ce qu'elle documente |
|---|---|
| Haavik et al., 2021 (Medicina) | 18 études sur 23 montrent un effet des ajustements sur des marqueurs neuro-immuns |
| Teodorczyk-Injeyan et al., 2018 (Clinical J. of Pain) | Réduction des chimiokines inflammatoires (CCL3) chez des lombalgiques |
| Duarte et al., 2022 (JMPT) | Effet sur les cytokines dépendant de l'intensité de l'ajustement |
| Gevers-Montoro et al., 2023 (Frontiers Integr. Neuroscience) | Le TNF-α urinaire proposé comme biomarqueur de la réponse au soin |
| Amjad et al., 2025 (PLoS ONE) | RCT sur 12 semaines : effet modulateur sur l'inflammation systémique |
| Alanazi et al., 2026 (Frontiers Rehab. Sciences) | Étude pilote chez 21 patients SEP : baisse de cytokines pro-inflammatoires |
Ce que la chiropratique observe, et ce qu'elle ne prétend pas
À la Clinique de la Colonne, le bilan complet ne prétend pas explorer la SEP. Il évalue la mobilité de la colonne vertébrale, la posture en trois dimensions, et les réponses neurologiques via des tests standardisés. L'objectif est de repérer les subluxations vertébrales, ces lésions biomécaniques reconnues par l'OMS qui perturbent le signal nerveux, et d'évaluer si leur correction peut améliorer la qualité de la régulation autonomique et la communication entre le cerveau et le corps.
Les travaux de l'équipe de Haavik, publiés dans Brain Sciences en 2024, documentent comment les ajustements chiropratiques modifient les patterns d'activité corticale mesurés par EEG, avec des effets observés sur le sommeil, la perception de la douleur et la qualité de vie. Ces travaux ne portent pas spécifiquement sur la SEP, mais ils éclairent un mécanisme fondamental : la colonne vertébrale est un organe sensoriel majeur dont l'état biomécanique influe sur la façon dont le cerveau se représente le corps, se régule et répond au monde.
Aucun chiropracteur sérieux ne vous proposera de remplacer votre neurologue, de réduire votre traitement ou de guérir votre SEP. Ce qu'un bilan chiropratique peut apporter, c'est un regard précis sur un levier que votre prise en charge actuelle n'explore probablement pas : l'état de votre colonne, la qualité de votre régulation autonomique, et ce que ces deux éléments peuvent contribuer à votre environnement neurologique global. La littérature scientifique, aussi jeune soit-elle sur ce sujet, suggère que ce regard vaut la peine d'être posé.
Ce que vous pouvez explorer dès maintenant
- Informez votre neurologue. Si vous envisagez une approche complémentaire, parlez-en à votre équipe médicale. La chiropratique s'inscrit à côté du suivi neurologique, en complément de celui-ci.
- Prenez la qualité du sommeil au sérieux. Le système glymphatique fonctionne principalement pendant le sommeil profond. Tout ce qui améliore ce sommeil contribue à la capacité du cerveau à s'auto-nettoyer chaque nuit.
- Faites évaluer votre système nerveux autonome. Le bilan complet à la Clinique de la Colonne inclut des tests neurologiques et une analyse posturale 3D qui donnent une image objective de l'état de votre colonne et de votre régulation nerveuse.
- Posez-vous la question de l'environnement général. Sommeil, mouvement, charge inflammatoire : la neuroinflammation chronique est sensible à l'ensemble de ces leviers. Chacun contribue, aucun ne suffit seul.
⚠️ La sclérose en plaques est une pathologie neurologique grave, diagnostiquée et suivie par un médecin neurologue. Cet article est de nature éducative et exploratoire : il ne remplace en aucun cas un avis médical, un bilan neurologique ou un traitement prescrit. Si vous présentez une poussée, une perte de force soudaine, des troubles visuels ou urinaires, ou tout symptôme neurologique nouveau, consultez votre neurologue ou appelez le 15 sans délai.
Questions fréquentes
Sources
- Haavik, H., Niazi, I. K., Kumari, N., et al. (2021). The potential mechanisms of high-velocity, low-amplitude, controlled vertebral thrusts on neuroimmune function: A narrative review. Medicina (Kaunas), 57(6), 536. ↗
- Teodorczyk-Injeyan, J. A., McGregor, M., Triano, J. J., & Injeyan, S. H. (2018). Elevated production of nociceptive CC chemokines and sE-selectin in patients with low back pain and the effects of spinal manipulation. Clinical Journal of Pain, 34(1), 68-75. ↗
- Duarte, F. C. K., Funabashi, M., Starmer, D., et al. (2022). Effects of distinct force magnitude of spinal manipulative therapy on blood biomarkers of inflammation. Journal of Manipulative and Physiological Therapeutics, 45(1), 20-32. ↗
- Gevers-Montoro, C., Puente-Tobares, M., Monréal, A., et al. (2023). Urinary TNF-alpha as a potential biomarker for chronic primary low back pain. Frontiers in Integrative Neuroscience, 17, 1207666. ↗
- Amjad, I., Niazi, I. K., Kumari, N., et al. (2025). The effects of 12 weeks of chiropractic spinal adjustments on physiological biomarkers in adults: A pragmatic randomized controlled trial. PLoS ONE, 20(12), e0338730. ↗
- Alanazi, M. S., Motl, R. W., Jones, B. A., et al. (2026). Effects of thoracic manipulation with trigger point therapy on inflammatory cytokine levels in individuals with multiple sclerosis: A pilot study. Frontiers in Rehabilitation Sciences, 7, 1699274. ↗
- Racosta, J. M., & Kimpinski, K. (2015). Autonomic dysfunction, immune regulation, and multiple sclerosis. Clinical Autonomic Research, 26(1), 23-31. ↗
- Habek, M. (2019). Immune and autonomic nervous system interactions in multiple sclerosis: Clinical implications. Clinical Autonomic Research, 29(3), 267-275. ↗
- Reiter, R. J., Sharma, R., et al. (2023). Brain washing and neural health: Role of age, sleep, and the cerebrospinal fluid melatonin rhythm. Cellular and Molecular Life Sciences, 80(4), 88. ↗
- Brehar, F. M., Costea, D., et al. (2025). The fluidic connectome in brain disease: Integrating aquaporin-4 polarity with multisystem pathways in neurodegeneration. International Journal of Molecular Sciences, 26(23). ↗
- Finn, O., Charles, C., Ierano, J., et al. (2026). Resolution of multi-system neurologic symptomatology in a 30-year-old male with multiple sclerosis receiving atlas orthogonal and full-spine chiropractic care: A case report. Journal of Upper Cervical Chiropractic Research, 2026, 1-7. ↗
- Khan, A., et al. (2026). Impaired glymphatic clearance as a mechanistic link between brain aging and neurodegenerative disease pathogenesis. Ageing Research Reviews. ↗
- Ghayourvahdat, A., Azimizonuzi, H., & Ahmed, M. (2026). Physical exercise as a non-pharmacological strategy to enhance glymphatic function. IBRO Neuroscience Reports, 20, 206-217. ↗
Un regard complémentaire sur votre système nerveux
Le bilan complet évalue l'état de votre colonne et de votre régulation nerveuse : un point de départ pour explorer ce que votre corps peut encore gagner, à côté de votre suivi médical.
Faire le point lors d'un bilan →Vous préférez comprendre avant de décider ? Posez votre question à Vitalie, ou suivez le webinaire gratuit.
★★★★★ 5,0 sur 72 avis Google
